mardi 30 août 2016

De profundis - Emmanuelle Pirotte
























Le Cherche Midi, 2016, 286 pages
Livre reçu en service-presse.

La première phrase :

On tambourinait à la porte.


L'histoire :
(je vous colle le résumé de l'éditeur, que j'ai trouvé plutôt bien fichu)

Bruxelles, dans un avenir proche. Ebola III a plongé l’Europe dans le chaos : hôpitaux débordés, électricité rationnée, fanatismes exacerbés. Roxanne survit grâce au trafic de médicaments et pense à suivre le mouvement général : s’ôter joyeusement la vie. Mais son ex-mari succombe au virus, lui laissant Stella, une fillette étrange dont elle ne s’est jamais occupée. Quand une bande de pillards assassine sa voisine, Roxanne part pour un hameau oublié, où l’attend une ancienne maison de famille. La mère et la fille pourront-elles s’adapter à ce mode de vie ancestral et à cette existence de recluses ?


L'opinion de Miss Léo :

Au delà de l'intrigue, c'est surtout l'identité de l'auteur qui m'a poussée à m'intéresser à cet ouvrage. Je connaissais Emmanuelle Pirotte de nom, puisque je lorgnais depuis plusieurs mois sur son premier roman, Today we live, dont j'avais beaucoup entendu parler l'an dernier. Le fait qu'il s'agisse d'une romancière d'origine belge a également joué en sa faveur (je suis toujours ravie de découvrir de bons écrivains issus du pays de mes ancêtres). Et puis bon, pour être honnête, je ne crache pas non plus sur une bonne dystopie de temps en temps.

J'ai donc attaqué De profundis sans attente autre que celle de passer un bon moment. On découvre dans un premier temps un monde apocalyptique réaliste, dans lequel la plupart des hommes se contentent de vivoter en attendant la mort. Bruxelles est ravagée par le virus Ebola, comme toutes les autres capitales d'Europe, et des groupes de fanatiques religieux sillonnent les rues de la ville pour y imposer leur loi. C'est dans cette métropole désolée que vit Roxanne, héroïne dépressive et débrouillarde, qui survit en dealant du Xynon, un somnifère hallucinogène très recherché en ces temps troublés. L'arrivée impromptue de sa fille de huit ans, élevée par son ex-mari désormais décédé, marque une rupture dans la vie de Roxanne, qui se décide à fuir le chaos urbain pour se réfugier à la campagne. Le village dans lequel elle atterrit, s'il n'est pas totalement épargné par le fléau, semble toutefois à l'abri de certaines dérives, et ses habitants sont dans l'ensemble mieux lotis que ceux des grandes villes.

Un hameau coupé du monde, une nouvelle vie en autarcie, une relation fusionnelle avec la nature, dont les ressources se révèlent essentielles à la survie... J'ai souvent pensé au Mur invisible pendant ma lecture, et il semblerait que ce soit également le cas d'Emmanuelle Pirotte, puisqu'il est explicitement fait référence au roman de Marlen Haushofer dans la dernière partie de l'ouvrage. Et un bon point de plus pour l'auteur ! Le récit possède un ancrage local, puisque l'intrigue se déroule dans des lieux facilement identifiables, pour qui connaît un minimum Bruxelles et la Wallonie. On peut même y lire quelques phrases en wallon.

On croit d'abord s'acheminer vers un scénario classique de dystopie "pandémique", mais la romancière a plus d'un tour dans son sac, et l'évolution ultérieure du récit se révèle très surprenante. Emmanuelle Pirotte joue la carte du mélange des genres : tour à tour roman d'anticipation, conte fantastique ou subtile histoire d'amour, De profundis a parfois tendance à s'éparpiller, au risque de déstabiliser le lecteur. C'est aussi ce qui fait sa force, car on ne sait jamais à quoi s'attendre ! L'auteur ne cède pas à la facilité, et imagine de fréquentes et soudaines bifurcations dans le déroulement de son intrigue. Les rebondissement sont nombreux, mais ne s'opèrent pas aux dépens de la cohérence narrative, et le côté légèrement fourre-tout du récit devient finalement un atout, de mon point de vue du moins. 

Un mot sur les personnages pour finir. L'héroïne m'a beaucoup plu, probablement en raison de ses nombreuses imperfections. Je l'ai trouvée suffisamment atypique et contrastée pour être crédible, à l'image des autres protagonistes. Dommage que la relation entre Roxanne et Stella, brièvement évoquée avec pudeur et délicatesse, ne soit pas davantage développée.

Pour résumer : De profundis est un roman qui a du charme, sans doute pas inoubliable, mais néanmoins terriblement original et personnel. J'ai douté, j'ai longtemps cru que je resterais sur une impression mitigée, mais je me suis finalement laissé prendre au plaisir de la découverte. L'écriture soignée et la créativité d'Emmanuelle Pirotte font le sel de ce récit audacieux et maîtrisé, qui confirme mon envie de lire Today we live (lequel présente en plus l'avantage de se dérouler pendant la seconde Guerre Mondiale).


Un roman surprenant, à la croisée de plusieurs genres littéraires. 


dimanche 28 août 2016

L'affaire Léon Sadorski - Romain Slocombe



























La Bête Noire, Robert Laffont, 2016, 482 pages
Livre reçu en service-presse.


La première phrase :

Tous les matins, Mme Léon Sadorski, Yvette de son prénom, émerge des brumes du sommeil animée d'une envie immodérée de faire l'amour.


L'histoire :

Paris, printemps 1942. Léon Sadorski, Inspecteur Principal Adjoint de la 3ème Section des RG, oeuvre au quotidien pour nettoyer la France de sa vermine judéo-bolchévique, en bon et loyal serviteur du gouvernement de Vichy. Quelle n'est pas surprise lorsque la Gestapo le convoque pour un voyage d'une durée indéterminée à Berlin. Le policier n'est pas dupe, et comprend qu'il est en réalité prisonnier des allemands, qui vont chercher à l'utiliser.


L'opinion de Miss Léo :

Je manque probablement de recul et d'objectivité pour vous parler de ce roman, que j'ai débuté avec tout un tas d'a priori positifs. Un sujet qui me passionne, un écrivain dont j'ai déjà lu et aimé trois romans historiques, la promesse d'une histoire sombre et poisseuse... Je partais confiante, et je n'ai pas été déçue (ouf, vous voici rassurés) !

Romain Slocombe signe un remarquable roman noir, dans lequel on retrouve les codes habituels du genre, mais dans un contexte très particulier, puisque le personnage principal est un inspecteur des RG sous l'Occupation. Un salaud, mais un excellent flic ! Déjà brièvement entrevu dans Monsieur le Commandant, Léon Sadorski est un individu peu sympathique, à la morale plus que douteuse. Collabo, antisémite, obsédé par quelques fantasmes douteux : pas franchement le gendre idéal... Il est néanmoins troublant de constater que l'on en viendrait presque à s'identifier au personnage, anti-héros pétri de contradictions. C'est la grande force de Romain Slocombe, qui excelle à placer le lecteur dans une position inconfortable.

Le récit est extrêmement bien documenté, comme en atteste la longue bibliographie. Le romancier a longuement exploré les Archives, pour construire une fiction basée sur des événements et des personnages réels. La reconstitution est méticuleuse, et nous plonge en plein coeur des ambiguïtés de la France de Vichy, avec en prime une passionnante incursion à Berlin (moi qui adore les romans se déroulant dans l'Allemagne hitlérienne, je ne pouvais qu'apprécier).

La vie continue à Paris en ce superbe printemps 1942, tandis que se préparent les premières rafles massives, avec la complicité des forces de l'ordre locales. On boit de l'ersatz de café, puis on passe une bonne partie de sa journée à faire la queue pour acheter de menues quantités de nourriture, avant de plonger dans l'enfer sonore et olfactif des rames de métro bondées. Les moins scrupuleux s'efforcent de tirer leur parti de la situation, en copinant avec les allemands (à l'image de certains artistes et autres comédiens célèbres). Les fonctionnaires zélés des services de police français entretiennent quant à eux des liens étroits avec le SD, entre obéissance servile, collaboration enthousiaste et concurrence déloyale. Torture, espionnage, délation et incertitude permanente : nul n'est réellement à l'abri, et il règne partout une atmosphère pesante, pour ne pas dire franchement délétère, que Romain Slocombe parvient à faire ressentir à son lecteur. La fonction du personnage principal invite évidemment à s'interroger sur le rôle ambigu de certains policiers, capables de défendre la veuve et l'orphelin, tout en faisant arrêter et torturer des Juifs et des communistes... Il va sans dire que l'auteur ne porte aucun jugement moral, puisqu'il adopte pendant tout le roman le point de vue de l'inspecteur Sadorski.

La violence n'est jamais édulcorée, et l'ambiance m'a parfois rappelé celle de la série Un village français, ma référence télévisuelle en la matière, dépourvue de tout manichéisme bêtifiant (Sadorski est d'ailleurs assez proche d'un Marchetti, pour celles et ceux d'entre vous qui connaîtraient la série). Je suis obnubilée fascinée par cette période, et je me réjouis de pouvoir continuer à la découvrir au travers d'oeuvres de cette qualité !

Au delà de son intérêt historique, L'affaire Léon Sadorski est également un excellent roman policier, qui nous propose de suivre en fil rouge l'enquête sur la mort d'une jeune française délurée. Le suspense est bien mené, et l'intrigue habilement construite réserve de nombreux rebondissements, qui surviennent toujours au moment où l'on s'y attend le moins. Précise et efficace, l'écriture de Romain Slocombe nous tient en haleine, et les dialogues rendent le tout extrêmement vivant, tout comme les incursions inopinées de l'auteur dans les pensées de son personnage principal (entre rêve et réalité, le résultat est parfois surprenant). Ce dernier contribue à donner ses lettres de noblesse au roman noir, en proposant un texte dense et original, sur des thématiques pourtant vues et revues. Cerise sur le gâteau : la dernière page est formidable de cynisme.


Je ne saurais concure ce billet sans vous annoncer l'excellente nouvelle : une suite est prévue (vous ne m'entendez pas, mais je suis en train de hurler de joie) !!!!! J'ai hâte.


Vis ma vie de flic sous l'Occupation. 
Un excellent roman noir, et un coup de coeur pour bibi !



J'ai eu l'occasion d'entendre le romancier évoquer sa démarche lors de la présentation de la Rentrée Littéraire chez Robert Laffont (j'y suis allée essentiellement pour voir ma copine Titine, mais j'ai évidemment été très contente d'apprendre qu'il était présent).

C'était passionnant, et j'aurais pu l'écouter parler pendant des heures, mais la journaliste l'a interrompu bien trop vite à mon goût !


jeudi 25 août 2016

La Bête humaine - Emile Zola



























Maxi-Poche, 1890, 347 pages
(une édition bas de gamme, mais quelle superbe couverture ! #ClaudeMonetRules)


La première phrase :

En entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table le pain d'une livre, le pâté et la bouteille de vin blanc.


L'histoire :

Pulsions, désir, locomotive, meurtre(s) et cupidité : bienvenue dans les coulisses de la ligne Paris-Le Havre ! 


L'opinion de Miss Léo :

La nature m'ayant dotée d'un solide esprit de contradiction, je profite de la Rentrée Littéraire dont je me contrefiche éperdument pour publier un billet sur le nouveau roman d'un jeune auteur très prometteur, répondant au doux nom de Gorgon d'Emile Zola. Ah, non, on me signale dans l'oreillette qu'il s'agit en réalité d'un célèbre écrivain naturaliste du XIXème siècle, ayant depuis longtemps fait ses preuves... Au temps pour moi !

Vous le savez, j'ai beaucoup de mal à écrire sur les classiques, et je doute fortement de l'intérêt d'un tel billet. Et pourtant... Je dois bien cela au grand Zola, dont je ne peux décemment pas ne pas parler au moins une fois sur mon blog, tant celui-ci a contribué à égayer les mornes jours de mon adolescence. J'ai lu une bonne dizaine de ses romans, avant de le délaisser pendant presque deux décennies (on se demande bien pourquoi). L'envie de découvrir le reste de son oeuvre me titillait néanmoins depuis un ou deux ans, jusqu'à ce que je me décide à ouvrir Le ventre de Paris (c'était au mois de janvier dernier, à quelques semaines de la fin de mon congé maternité). Je me suis alors rappelé à quel point j'aimais la plume alerte et enflammée de ce romancier hors du commun, dont les descriptions rigoureuses, fruit d'un travail d'enquête rondement mené, n'en finissent pas de me réjouir. Il ne s'agit pourtant pas de mon épisode préféré du cycle des Rougon-Macquart, et je me suis donc attelée quelques mois plus tard à la lecture de cette intrigante Bête humaine, qui ne pouvait que me séduire, compte-tenu de ma passion pour les trains et autres engins à vapeur.

Dix-septième et antépénultième volume de la série, La Bête humaine s'est révélé très différent de ce à quoi je m'attendais, mais n'en demeure pas moins excellent. Il se pourrait même qu'il figure dans mon trio de tête, aux côtés de Germinal et du Bonheur des dames. Le meurtre sous toutes ses formes est au coeur de ce roman très sombre, que l'on pourrait presque qualifier de thriller, d'autant plus que Zola s'attarde également sur l'aspect judiciaire (on suit en fil rouge l'enquête menée par le juge Denizet pour élucider l'un des meurtres). L'intrigue, complexe à souhait, se construit au rythme des allers-retours entre Paris et Le Havre, et met en scène une multitude de personnages, parmi lesquels plusieurs meurtriers en puissance, prêts à tuer par vengeance ou pour quelque menue monnaie. Jalousie, cupidité, désir ou "simple" folie passagère constituent autant de mobiles d'assassinats.

Parmi les protagonistes figurent notamment le sous-chef de gare Roubaud et sa jeune épouse Séverine, impliqués dans la mort violente du juge Grandmorin, et surtout, surtout, la Lison de Jacques Lantier, locomotive à vapeur incarnant ici un personnage à part entière. Le Rougon-Macquart de service, fils de Gervaise, frère d'Etienne, Claude et Anna, lutte constamment contre ses pulsions meurtrières, et trouve un exutoire dans la domination de sa machine fougueuse et puissante. Jacques est un héros discret, qui se trouve pourtant au coeur du dispositif scénaristique imaginé par le romancier. Le(s) drame(s) se noue(nt) dans un rayon de quelques dizaines de mètres autour des voies ferrées, et le poste d'aiguillage de la Croix-de-Maufras représente en quelque sorte le carrefour des passions, où sera décidé le destin des différents personnages du roman.


Intermède ---
Depuis le début de cette chronique, j'ai "La bombe humaine" de Téléphone dans la tête... S'il vous plaît, achevez-moi !
Fin de l'intermède


Emile Zola signe un roman dense et puissant, dont l'intrigue admirablement menée regorge de passage saisissants, telle cette description d'une terrible catastrophe ferroviaire.

"Et Jacques, d’une pâleur de mort, vit tout, comprit tout, le fardier en travers, la machine lancée, l’épouvantable choc, tout cela avec une netteté si aiguë, qu’il distingua jusqu’au grain des deux pierres, tandis qu’il avait déjà dans les os la secousse de l’écrasement. C’était l’inévitable. Violemment, il avait tourné le volant du changement de marche, fermé le régulateur, serré le frein. Il faisait machine arrière, il s’était pendu, d’une main inconsciente, au bouton du sifflet, dans la volonté impuissante et furieuse d’avertir, d’écarter la barricade géante, là-bas. Mais, au milieu de cet affreux sifflement de détresse qui déchirait l’air, la Lison n’obéissait pas, allait quand même, à peine ralentie. Elle n’était plus la docile d’autrefois, depuis qu’elle avait perdu dans la neige sa bonne vaporisation, son démarrage si aisé, devenue quinteuse et revêche maintenant, en femme vieillie, dont un coup de froid a détruit la poitrine. Elle soufflait, se cabrait sous le frein, allait, allait toujours, dans l’entêtement alourdi de sa masse. Pecqueux, fou de peur, sauta. Jacques, raidi à son poste, la main droite crispée sur le changement de marche, l’autre restée au sifflet, sans qu’il le sût, attendait. Et la Lison, fumante, soufflante, dans ce rugissement aigu qui ne cessait pas, vint taper contre le fardier, du poids énorme des treize wagons qu’elle traînait.

Alors, à vingt mètres d’eux, du bord de la voie où l’épouvante les clouait, Misard et Cabuche les bras en l’air, Flore les yeux béants, virent cette chose effrayante : le train se dresser debout, sept wagons monter les uns sur les autres, puis retomber avec un abominable craquement, en une débâcle informe de débris. Les trois premiers étaient réduits en miettes, les quatre autres ne faisaient plus qu’une montagne, un enchevêtrement de toitures défoncées, de roues brisées, de portières, de chaînes, de tampons, au milieu de morceaux de vitre. Et, surtout, l’on avait entendu le broiement de la machine contre les pierres, un écrasement sourd terminé en un cri d’agonie. La Lison, éventrée, culbutait à gauche, par-dessus le fardier ; tandis que les pierres, fendues, volaient en éclats, comme sous un coup de mine, et que, des cinq chevaux, quatre, roulés, traînés, étaient tués net. La queue du train, six wagons encore, intacts, s’étaient arrêtés, sans même sortir des rails." (page 274)


Je ne suis de façon générale pas trop attachée au style, du moment que l'histoire tient la route (bon, d'accord, il y a tout de même des limites), mais j'apprécie néanmoins de revenir de temps à autre aux valeurs sûres. Quoi de mieux pour cela qu'un classique sublimé par une belle écriture ? Je trouve la plume de Zola particulièrement reposante. C'est clair comme de l'eau de roche, et le lecteur n'a plus qu'à se laisser bercer par la fluidité d'une langue riche et soutenue. On est décidément bien loin du style trop souvent simpliste et/ou maniéré et/ou torturé de nombreux écrivains français contemporains (même s'il existe également de très beaux textes dans la production littéraire contemporaine).

Mes prochaines lectures zoliennes seront probablement La Débâcle, La joie de vivre et Lourdes, dont j'ai entendu le plus grand bien.


Un chef d'oeuvre, et un coup de coeur puissance dix.


C'était Miss Léo, toujours à la pointe de l'actualité littéraire.


mardi 23 août 2016

Les jonquilles de Green Park - Jérôme Attal



Robert Laffont, 2016, 215 pages


La première phrase :

L'idée la plus singulière de papa ? Vous voulez dire, à la minute ou dans les cinq dernières années ?


L'histoire :

Londres, 1940. Tommy Bratford, treize ans, fan de comics et aspirant écrivain, vit avec ses parents et sa grande soeur Jenny, grande admiratrice de Clark Gable. Il passe son temps libre à arpenter entre deux alertes des champs de ruines que ses camarades et lui transforment en vastes terrains de jeu, également fréquentés par les petits caïds du quartier.


L'opinion de Miss Léo :

Le nouveau roman de Jérôme Attal nous transporte à Londres en septembre 1940, soit à l'époque des premiers raids aériens sur la capitale anglaise (Vous avez dit Blitz ? Ne bougez pas, j'arrive !!!). J'ai beaucoup de sympathie pour l'auteur, que j'ai eu l'occasion de rencontrer à deux reprises, et dont j'avais apprécié le précédent opus. J'ai lu ce livre il y a plus de trois mois, mais n'avais pas eu le temps de rédiger mon billet à l'époque. Inutile de préciser que mes souvenirs se sont quelque peu estompés depuis... mais je vais essayer de vous en parler quand même !

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le roman. Il m'a fallu quelques dizaines de pages pour m'habituer au style, que j'ai parfois trouvé bancal (peut-être est-ce simplement moi qui ai eu du mal à me faire à certaines tournures de phrases plutôt étranges), ainsi qu'au caractère légèrement décousu de l'intrigue. J'ai par la suite pris davantage de plaisir à ma lecture, le roman gagnant peu à peu en cohérence et en densité. Jérôme Attal trouve le ton juste, et évoque l'enfance avec un indéniable talent. Tommy et ses amis font preuve d'une imagination débordante, qui désamorce les situations les plus tragiques, allant jusqu'à se représenter Winston Churchill en super-héros de bande dessinée. L'horreur de la guerre est omniprésente, mais constamment tempérée par la poésie et la fantaisie qui se dégagent du récit, porté par des personnages très attachants, sur lesquels l'auteur porte un regard très tendre.





Les jonquilles de Green Park (quel beau titre !) m'ont bien sûr fait penser au superbe film Hope and Glory de John Boorman, que j'adorais lorsque j'avais douze ans (je le connais encore par coeur). Les rêves innocents de l'enfance peuvent-ils survivre à la violence des atrocités commises en ce bas monde ? Jérôme Attal parvient à restituer l'ambiance particulière et vaguement surannée de cette époque tourmentée, le tout sur fond de chansons des Andrew Sisters. L'intrigue réserve par ailleurs quelques jolies surprises, telle cette apparition inattendue de la photographe Lee Miller, croisée par les gamins au détour d'un cratère. Le roman s'achève sur un joli dénouement teinté de nostalgie, qui laisse le champ libre à l'imagination.


Une lecture tendre et sympathique, sur fond de bombardements de la Luftwaffe.


D'autres avis chez : TitineSevCryssildaAlice

samedi 18 juin 2016

Lusitania - Erik Larson



























Titre original : Dead Wake - The last crossing of the Lusitania
Traduction (américain) : Edith Ochs
Le Cherche-Midi, 2016, 640 pages

Livre reçu en service-presse.

La première phrase :

Le soir du 6 mai 1915, alors que son navire approchait de la côte irlandaise, le capitaine William Thomas Turner quitta la passerelle de navigation pour se rendre au salon des première classe où avaient lieu un concert et un concours de talents, attractions traditionnelles des traversées de la Cunard Line.


L'opinion de Miss Léo :

Les lecteurs les plus fidèles de mon blog se rappellent peut-être avec quel enthousiasme j'avais accueilli Le diable dans la ville blanche et Dans le jardin de la bête, dont j'avais apprécié le côté foisonnant, ainsi que le soin tout particulier apporté par l'auteur aux détails en tout genre.

Autant dire que j'ai sauté de joie lorsque j'ai appris que les éditions du Cherche-Midi publiaient un nouveau Erik Larson consacré au torpillage du Lusitania, un sujet sur mesure pour moi qui suis depuis toujours fascinée par les paquebots, les gros bateaux qui coulent (cf le sort tragique du Titanic et de ses sisterships), la stratégie militaire et les sous-marins (je ne suis clairement pas une petite fille comme les autres).

Fidèle à son habitude, le journaliste américain nous présente avec exactitude, quoique de façon légèrement romancée, un célèbre événement historique, qu'il prend soin de replacer dans son contexte socio-politico-économique. Nous sommes ici en 1915, et le conflit mondial s'enlise en Europe, tandis que les Etats-Unis tardent à renoncer à leur neutralité. C'est alors qu'entre en scène le RMS Lusitania, fleuron de la marine commerciale britannique exploité par la Cunard. Celui-ci s'apprête à quitter New York pour rentrer en Angleterre, en dépit de la menace croissante incarnée par les U-Boote allemands croisant dans les eaux côtières du Royaume-Uni.


Touché coulé !
Norman Wilkinson (The Illustrated London News)

Le récit, extrêmement bien documenté, suit alternativement différents protagonistes du drame : passagers de première, deuxième ou troisième classe, riche collectionneur ou simple bonne d'enfants, membres d'équipage du Lusitania et du Grand Méchant sous-marin U-20, politiciens, agents de la Room 40 (les services secrets de la marine britannique) et autres stratèges... Erik Larson dresse un portrait détaillé et retrace le parcours de chaque personnage, ce qui lui permet d'insuffler de la vie dans son récit, tout en en restituant avec rigueur et précision les aspects les plus techniques (le lecteur apprend une foultitude de choses concernant le mode de plongée et l'agencement intérieur des U-Boote, la trajectoire et les performances du Lusitania, le fonctionnement des torpilles etc...). J'ai particulièrement aimé les chapitres consacrés à la flotte sous-marine allemande, qui évoquent les conditions difficiles dans lesquelles évoluaient les marins lorsque leur bâtiment était en plongée, et font  également mention de la "personnalité" de chaque U-Boot, reflétant le caractère plus ou moins téméraire et/ou cruel de leur commandant de bord.


"65 mètres de long sur 6 mètres de large, pour un peu plus de 8 mètres de hauteur"

Le U-20 et ses soeurs (Source : Wikipedia)


On retrouve par ailleurs l'hypocrisie des instances politiques et militaires britanniques, le Premier Lord de l'Amirauté (Winston Churchill himself) souhaitant précisément que pareille catastrophe se produise, dans l'espoir de hâter l'entrée en guerre des Etats-Unis.

La reconstitution historique est méticuleuse (le lecteur ne doute pas un instant de la véracité des faits relatés, et apprend pas mal de choses), mais l'auteur ne néglige pas pour autant l'aspect humain de la tragédie. Les personnages présentent toutefois un intérêt variable, ce qui se traduit malheureusement par quelques longueurs. Les interventions de Woodrow Wilson m'ont quelque peu ennuyée, et je ne me suis guère attachée aux passagers du Lusitania, lesquels m'ont semblé bien ternes par comparaison avec le redoutable Walther Schwieger, commandant et seul maître à bord du U-20. L'écriture sans panache et très factuelle rend parfois le récit légèrement fastidieux, celui-ci ayant néanmoins le mérite de s'attacher à présenter de façon exhaustive et sous différents angles un événement marquant de l'histoire du XXème siècle, tout en le rendant accessible au plus grand nombre.


Une lecture très instructive, au style un peu terne. Intéressant, mais ce n'est pas mon préféré de l'auteur.


L'amie prodigieuse / Le nouveau nom - Elena Ferrante


Titre original : L'amica geniale

Traduction (italien) : Elsa Damien
Folio, Gallimard, 2014, 430 pages

Livre reçu en service-presse.


La première phrase :

Ce matin Rino m'a téléphoné, j'ai cru qu'il voulait encore de l'argent et me suis préparée à le lui refuser.


L'opinion de Miss Léo :

J'ai profité de sa sortie au format poche pour (enfin !) découvrir le premier tome de la saga napolitaine d'Elena Ferrante, encensé par mes copines des Bibliomaniacs (Coralie, Eva et Laure en parlent avec des trémolos dans la voix), et généralement encensé par la plupart des critiques, qu'ils soient professionnels ou "simples" blogueurs. L'Italie du Sud n'est pas un pays qui m'attire, mais je me suis laissée tenter par la promesse d'une intrigue fleuve développée sur quatre tomes, faisant la part belle aux relations entre les personnages.

J'ai été totalement emballée par les premiers chapitres de ce premier volume, entièrement consacré à l'enfance puis à l'adolescence de Lila Cerullo et Elena Greco, dont l'histoire d'amitié incandescente et ambiguë durera plusieurs décennies. A la fois complices et rivales, parfois contraintes de s'éloigner l'une de l'autre en raison de choix de vie différents, leur relation demeure constamment fascinante, et admirablement développée par l'auteur, entre admiration, affection sincère et jalousie. Les deux petites filles montrent très tôt d'excellentes dispositions intellectuelles, et font partie des meilleurs élèves de leur école, mais la ressemblance s'arrête là. Elena, la narratrice, semble plus terne, moins flamboyante, avec un côté vilain petit canard accentué par son manque de confiance en ses propres capacités. Lila, de son côté, croque la vie à pleines dents, et n'hésite pas à jouer méchamment avec les sentiments d'autrui pour parvenir à ses fins. L'une aura la chance de pouvoir poursuivre ses études au lycée, tandis que l'autre devra très tôt travailler dans la cordonnerie familiale, ce qui générera une certaine frustration, et marquera un premier point de divergence entre les trajectoires des deux amies.

Le cadre est original, et même totalement inédit en ce qui me concerne. On découvre la vie quotidienne d'un quartier pauvre de Naples, dont la population peu éduquée peine à s'affranchir de la misère et du climat de violence entretenu par une famille de camorristes sans scrupule. Les enfants se retrouvent dès leur plus jeune âge pris au piège d'un écheveau de relations malsaines, et subissent de plein fouet le manque de considération de leurs propres parents, ouvriers, commerçants ou femmes de ménage, lesquels songent avant tout à l'argent que leur progéniture pourrait leur rapporter. Aller à l'école demeure une chance, surtout pour les filles. L'accès à l'éducation représente ainsi pour Elena une planche de salut, l'espoir d'échapper un jour à la vulgarité de son quartier pour construire une vie meilleure.   

Elena et Lila évoluent au sein d'un groupe d'amis dont on suit sur plusieurs années le parcours, les aspirations et les premières amours. Je ne suis pas très friande des souvenirs d'enfance en littérature. Il y a cependant un je ne sais quoi de fascinant dans le roman d'Elena Ferrante, qui m'a donné envie de poursuivre la saga. L'écriture agréable et subtile, les profils psychologiques finement élaborés et le ton résolument original de ce récit âpre et sans concession créent une ambiance envoûtante, qui culmine dans les (remarquables) derniers chapitres de ce premier tome, consacrés au mariage de Lila.

Je dois néanmoins admettre que je ne partage pas totalement l'enthousiasme de certaines de mes amies blogueuses. J'ai aimé L'amie prodigieuse, mais je trouve que le roman s'éparpille parfois, et j'y ai également décelé quelques longueurs (pour être honnête, je me suis un peu ennuyée au milieu du récit). Si j'ai été séduite par l'évocation de la relation entre Lila et Elena, je me suis en revanche nettement moins intéressée aux autres personnages, qui m'ont paru moins convaincants que les deux héroïnes (NDLA : cette impression s'est cependant estompée lors de ma lecture du second tome). Il faut dire que j'ai parfois eu du mal à les identifier (contrairement à beaucoup de lecteurs, les patronymes russes ne me posent aucun problème, mais je rencontre certaines difficultés avec les noms italiens)... Bref, il m'a manqué un petit quelque chose pour être totalement sous le charme. J'attendais donc le deuxième tome au tournant !


Une belle lecture, malgré quelques bémols.


D'autres avis chez : Jostein, Mior, Delphine-Olympe...


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Titre original : Storia des Nuovo Cognome
Traduction (italien) : Elsa Damien
Gallimard, 2016, 554 pages


La première phrase :

Au printemps 1966, Lila, dans un état de grande fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers.


L'opinion de Miss Léo :

J'ai eu la chance de pouvoir emprunter le second tome à la bibliothèque la semaine dernière. Le nouveau nom commence là où se terminait L'amie prodigieuse, et j'ai très vite retrouvé mes marques. Mariée à seize ans, Lila part en voyage de noces en compagnie de son époux Stefano, tandis qu'Elena poursuit sa scolarité au lycée. Moins proches que par le passé, les deux amies continuent néanmoins à se fréquenter de loin en loin, et se retrouvent à l'occasion de de longues vacances sur l'île d'Ischia, qui marquent un tournant dans le roman.

Ce deuxième volume très dense est à mon sens meilleur que le premier, et je suis cette fois réellement enthousiaste ! Davantage resserrée dans le temps, l'intrigue s'étale sur environ six ans, de la fin de l'adolescence à l'entrée dans l'âge adulte, et se concentre sur quelques événements marquants, tout en continuant à développer la personnalité des deux héroïnes, unies par un lien complexe et indéfectible. Les enjeux dramatiques sont cette fois clairement établis, et l'atmosphère devient de plus en plus sombre et poisseuse, derrière l'apparente simplicité du récit.

Le nouveau nom fait figure de roman initiatique, les deux amies se trouvant chacune à un tournant de leur existence. L'avenir s'éclaircit progressivement pour Elena, mais Lila doit lutter pour acquérir son indépendance, et échapper à l'emprise d'un mari violemment susceptible. En filigrane se dessine une réflexion sur la place de la femme dans cette société profondément machiste : la plupart des amies d'enfance d'Elena se retrouvent en effet installées très tôt dans un rapport de soumission vis à vis des hommes, et doivent endurer les coups prodigués par leurs époux tous-puissants, lesquels ne font d'ailleurs que reproduire les comportements de leurs propres pères. Le mariage de Lila et Stefano est ainsi ponctué de moult disputes, qui m'ont rappelé certaines scènes du Parrain, ma trilogie fétiche (j'ai souvent pensé à la raclée collée par Carlo Rizzi à l'insupportable Connie, mais aussi à la terrible scène de rupture entre Michael et Kay).

Plus imprévisible que jamais, matériellement à l'abri du besoin, mais souffrant d'un manque affectif croissant, Lila s'empare avidement de toutes les opportunités qui se présentent à elle. Elena jalouse l'intensité des émotions ressenties par son amie, elle qui peine encore à s'affirmer et à trouver sa place. Gauche et réservée, la jeune femme se montre nettement moins entreprenante avec les hommes qu'elle aime, ce qui lui vaut quelques déconvenues. Elle se construit néanmoins une culture et une éducation solides, et s'éloigne peu à peu de l'atmosphère pesante et vulgaire du quartier étriqué dans lequel elle a grandi, ce qui se traduit notamment par un usage croissant de l'italien littéraire, plutôt que du dialecte populaire utilisé par son entourage. Elle fréquente de nouveaux milieux, rencontre des étudiants politiquement engagés, se forge des opinions personnelles, mais continue pourtant à se sentir inférieure à ses nouveaux amis, élevés dans une opulence culturelle à mille lieues des préoccupations de sa propre famille. La réussite d'Elena fait écho aux regrets semi-avoués de Lila, qui n'a pu étudier comme elle l'aurait souhaité, et rechigne à reconnaître sa soif de connaissances inassouvie. Agacement, dépendance, admiration, affection, dégoût, confiance : la complexité des relations qu'entretiennent ces deux personnages en plein questionnement existentiel est toujours aussi finement rendue par l'auteur.

Porté par deux formidables figures féminines, Le nouveau nom se révèle profondément romanesque, et passionnant d'un bout à l'autre (je l'ai lu quasiment d'une traite). Tout sonne juste chez Elena Ferrante, dont l'écriture limpide et le sens implacable de la construction dramatique contribuent à créer un véritable suspense quant au devenir des principaux protagonistes, lesquels s'étoffent au fil des pages. Je me suis davantage attachée aux personnages secondaires que dans le premier tome, et je me réjouis de retrouver cet univers coloré dans le troisième épisode, qui est paraît-il plus politique (une évolution déjà légèrement amorcée dans ce second volume). Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas acheter la suite en anglais, sans attendre la sortie française...


Un deuxième tome captivant. Coup de coeur !

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jeudi 16 juin 2016

Everything I never told you - Celeste Ng

Mes amis, l'heure est grave.

Les mois passent, Mini-Lionceau grandit, et les lectures non chroniquées s'amoncellent sur ma table basse (après la PAL, la PAC, ou Pile à Chroniquer). J'ai d'abord été tentée d'user de mon droit de retrait, épouvantée devant l'ampleur du désastre, mais cela me semblait manquer de panache. J'ai donc pris mon courage à demain, et je me suis lancé un défi en apparence insurmontable, à savoir rédiger quelques billets sur mes lectures du premier trimestre de l'année 2016 avec un bébé épuisé qui refuse de faire la sieste et qui braille en fond sonore. A Miss Léo, rien d'impossible !

Avertissement  : soyez indulgents, il est possible que ma plume soit quelque peu rouillée...





























Blackfriars, 2014, 304 pages


Les premières phrases :

Lydia is dead. But they don't know this yet.


L'opinion de Miss Léo :

Ne passez surtout pas à côté de cette petite merveille de roman américain, dont la traduction a été publiée en mars dernier chez Sonatine. Contrairement à ce que l'édition française pourrait laisser croire, il ne s'agit pas d'un polar, mais d'une chronique familiale aux accents de roman psychologique dont l'action s'étend du milieu des années cinquante à la fin des années soixante-dix. La découverte du cadavre de Lydia, seize ans, d'origine asiatique, plonge sa famille dans le plus profond désarroi. Accident, meurtre ou suicide ? Tous essayent de comprendre ce qui a pu mener cette adolescente brillante vers un si funeste destin.

Dans la famille Lee, je voudrais le père, la mère, le fils et les deux filles. Celeste Ng, elle-même fille d'immigrants de Hong-Kong, dissèque les étapes marquantes du parcours de chacun de ses membres, en remontant à la rencontre de James, né en Californie de parents chinois, et de son épouse Marilyn, alors étudiante ambitieuse et (peut-être) futur médecin. Un couple mixte, un foyer harmonieux, des enfants heureux alliant réussite académique et épanouissement social... On croit tenir là un modèle de famille idéale. Que nenni ! Le vernis de surface ne tarde pas à se craqueler, dévoilant peu à peu une réalité qui fait froid dans le dos. Marilyn, jeune femme des années cinquante condamnée à renoncer à sa carrière pour s'occuper de son foyer... James, professeur d'université tourmenté par les questionnements identitaires propres aux descendants d'immigrés... Les frustrations des parents rejaillissent sur la vie de leur progéniture, et les enfants Lee doivent composer avec les fantasmes d'un père obnubilé par la nécessité de s'intégrer, de se faire des amis et d'être populaire, tout en se pliant aux exigences d'une mère obsédée par la réussite scolaire de sa fille Lydia, laquelle s'efforce de coller au mieux à ce que l'on attend d'elle.

Difficile de trouver sa place dans cette atmosphère étouffante de non-dits, de rêves brisés et de faux-semblants ! Seul Nath, le fils aîné, semble porter un regard lucide sur sa soeur cadette, dont la disparition fait figure d'électrochoc. James et Marilyn en viennent à remettre en cause l'essence même de leur mariage. Eux qui avaient pourtant décidé de s'aimer envers et contre tout, faisant fi de tout communautarisme et autres manifestations de racisme ordinaire, se posent désormais la douloureuse question : "N'aurais-je pas mieux fait d'épouser quelqu'un comme moi ?". Le sentiment d'avoir raté sa vie s'infiltre insidieusement dans leur vie de couple, laquelle vacille dangereusement.




Pour résumer :
Celeste Ng signe un premier roman d'une très grande justesse, qui aborde avec finesse des thèmes variés, et nous invite à partager le quotidien d'une famille profondément dysfonctionnelle, quoique terriblement banale. Le constat est glaçant, mais le récit se révèle en tout point fascinant. J'ai pour ma part été ferrée dès les premières pages !


Un roman passionnant, bien écrit, bien construit et profondément addictif.



D'autres avis chez : EvaDelphine-OlympeKathel